Nourriture et dépendances

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Pour le poids perdu depuis le début du mois de mai, je me suis largement inspirée de Bright Line Eating, du moins des 2 premiers principes: pas de sucre, pas de farine. Mais je ne mesure pas mes portions qui sont probablement trop généreuses, surtout les quantités de viande et de poisson. Je ne m’en tiens pas non plus strictement à 3 repas par jour. A la maison, je prends aussi un goûter ( fruits frais avec yaourt et fromage blanc).

Le respect des 2 premiers paramètres m’a fait perdre 7 kilos en 5 semaines. Je suppose que l’idée de base est donc correcte: pour certains, la nourriture fonctionne comme une drogue. Certains aliments sont particulièrement addictifs: ceux qui contiennent des sucres ajoutés et/ ou de la farine. A l’internat, mon goûter favori était une tartine au choco trempée dans un verre de fanta ( j’espère qu’entretemps ils ont changé les menus de la cantine).

Pendant que je m’empiffrais, Olivia et Carine, deux internes de ma classe, se postaient près de la sortie de l’école et critiquaient le physique et les vêtements de tous les élèves qui franchissaient la porte. Une raison suffisante pour rester dans le réfectoire et prendre un deuxième goûter aussi délicieusement déséquilibré que le premier.

Je ne suis restée qu’une année scolaire à l’internat puis je suis retournée à la maison où il y avait certes du Nutella mais pas de sodas. J’étais aussi impopulaire dans ma nouvelle école que dans l’ancienne. J’avais un peu d’argent de poche que j’utilisais pour acheter un sandwich au poulet à la sauce cocktail après l’école, avant de reprendre le bus pour la maison. Je me souviens encore du pain croustillant et des morceaux de poulet tendre noyés dans une sauce sucrée. C’est ma madeleine de Proust. Une grosse madeleine.

Je peux donc confirmer que la nourriture est addictive. Dans mon cas, elle a toujours été une consolation. J’ai recherché la dépendance à la nourriture sur internet puis l’addiction en général. Je suis tombée sur un fait intéressant: on est rarement accro à une seule chose. Il y a souvent une addiction apparente, par exemple l’alcool que l’on va traiter en se rendant aux réunions des alcooliques anonymes. A mesure que l’on arrive à contrôler l’addiction principale, on risque de tomber dans le trou noir de son addiction secondaire ( jeux de hasard, médicaments… ).

Quand on me voit, on se rend immédiatement compte que je suis obèse. Ce qui saute moins aux yeux, à moins de me connaître un peu mieux, c’est ma dépendance à internet. Le point commun entre la nourriture et internet, c’est qu’on ne peut pas les bannir entièrement de sa vie.

Je m’en sers beaucoup pour le travail: accepter ou refuser des contrats sur mon calendrier numérique, regarder mes affectations et mes horaires, consulter les documents des réunions, écouter la cabine tchèque en webstreaming…  Je m’en sers encore plus dans ma vie privée: je suis connectée toute la journée sur Whatsapp où je reçois des messages et des photos de la nounou qui garde Lilise. Je peux suivre à distance l’activité d’éveil musical, ce qui me console un peu de ne pas pouvoir y être. Pendant la pause déjeuner, je suis sur YouTube avec l’excuse de trouver des enregistrements à interpréter pour mes étudiants du samedi.

Cela ne s’arrête pas le soir. Je chatte sur messenger, je traîne sur Facebook, je like des photos sur Instagram. Je recherche des recettes de cuisine. Je fais des achats en ligne. J’écris mon blog et je lis d’autres blogs liés à mes centres d’intérêt du moment. Je regarde Netflix sur ma tablette… Je vais me coucher à une heure du matin et je laisse à la femme de ménage le soin de vider le lave-vaisselle…

Pour recadrer mes relations avec la nourriture, j’ai l’impression d’avoir trouvé une solution. Manger sans sucre et sans farine m’a permis de réguler mon appétit et d’amorcer une perte de poids. Malheureusement, je ne vois rien d’équivalent pour internet. C’est ma principale source d’informations.

J’ai envisagé d’acheter un  » bête GSM » sans accès internet mais cela ne me permettrait pas de gérer mes contrats ( il faut réagir rapidement à une proposition, parfois dans l’heure). Une grande partie de ma bibliothèque actuelle a trouvé refuge dans l’application Kindle; j’ai toujours de quoi lire pendant mes trajets en train.

L’idée de partir en vacances sans smartphone et sans tablette m’angoisse. Je ne pourrais pas prendre de photos. Je pourrais acheter un appareil photo mais je ne pourrai pas les poster. Je ne pourrais pas aller sur Tripadvisor pour chercher un resto ou quelque chose à visiter. Si jamais on me vole ma carte de crédit, comment je vais trouver le numéro de téléphone de ma banque? Quand on est à l’étranger avec un enfant, on peut trouver très facilement un pédiatre ou un médecin sur internet en cas de besoin. Sans Google Maps, je suis perdue…

Je ne pourrais plus vivre sans Wifi et sans 4G. Pas plus que je ne pourrais vivre sans manger. J’aimerais trouver des paramètres pour encadrer mon utilisation d’internet, un peu sur le même modèle que ce que j’ai mis en place pour la nourriture. 

 

 

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